Histoire des techniques de nage.

L’évolution des nages se fait d’abord dans un souci de sécurité, de façon à conserver la tête hors de l’eau. Puis les nages évoluent dans un but de performance. Les nageurs et leurs entraîneurs, encore aujourd’hui, cherchent les solutions les plus rapides pour répondre aux exigences du règlement dans les 4 nages. Cela entraîne une perpétuelle mutation des nages, permettant d’aller toujours plus vite.
La brasse, nage référente !

La Brasse est une nage occidentale et son origine remonte à l'Antiquité. Certains témoignages persistent de cette période. Elle émane d'une visée utilitaire, inspiré avant tout par l'instinct de conservation. C’est la recherche de sécurité qui prédominait alors : se sauver en conservant la tête hors de l'eau.

A la fin du XIXe siècle, la Brasse était la seule technique réellement pratiquée. Il s'agit au départ d'une technique à plat, en quatre temps (ITGY) qui s'apparente à la nage de la grenouille, d'où peut-être son origine.

Le 25 août 1875, le capitaine anglais Matthew Webb participe largement à construire la réputation de la brasse comme nage d’endurance en traversant le premier le chenal de la Manche à la nage, en 21 heures et 45 minutes. La brasse « Anglaise » se nage sur le côté avec les bras alternés. Le retour reste malgré tout sous-marin. Les jambes réalisent un ciseau de jambes.

En contrepartie, elle est vivement contestée sur le plan de la vitesse. Très vite, on abandonne la Brasse anglaise à quatre temps en faveur de la Brasse allemande à trois temps, beaucoup plus efficace. Cette technique dominera les courses de brasse pendant plus de 50 ans, jusqu’à ce que, en 1928, la japonaise Yoshiyuki Tsuruta l’améliore en y ajoutant une flexion du coude et l’enfoncement des genoux.

La française Cartonnet, elle, ramène les mains hors de l’eau vers 1935, dans le but de limiter les résistances. Les nageurs sortent tellement de l’eau, qu’ils n’y mettent même plus la tête ! Si bien qu’en 1957, la FINA intervient : l’obligation est faite d’émerger la tête entre chaque mouvement de bras, en brasse.

Les nageurs cherchent de nouvelles solutions et aux JO de Rome les chronos de l’américaine Jastremski descendent grâce à une technique coudes hauts, genoux serrés. On passe alors d’un coup de pied qui ne propulse guerre qu’avec la plante de pied, à un véritable ciseau avec les jambes en « W » (les talons sont plus écartés que les genoux). La propulsion se fait alors par l’intérieur des pieds et les tibias. Et la surface d’appui étant bien plus importante, les chronos s’envolent.


A Munich, en 1972, les nageurs de l’ex-URSS introduisent un style ondulé en brasse. Rien ne l’empêche alors dans le règlement. Et dans ce cas, le règlement l’autorisera par la suite : l’immersion totale de la tête est autorisée en brasse en 1986.  

Naissance et évolution de la reine des nages : le crawl.

La recherche de performances et l'absence de réglementation des nages entraîne l’apparition de nouvelles techniques, plus efficaces. Les techniques alternées, plus rapides, comme « l’Over Arm Stroke », puis le « Trudgen » et enfin le Crawl, apparaissent même en compétition.

La FINA ne réglemente pas le Crawl mais la nage libre. Le Crawl est donc le résultat d'expérimentations ayant pour but la mise au point d'une technique de déplacement aquatique la plus rapide possible et qui ne sera en aucun cas freinée par une quelconque codification.

Au XIXe siècle, les marins reviennent des Antilles, de Somalie, des Îles Pacifique, avec de nouvelles techniques, empruntées aux populations indigènes. En respirant sur le côté en brasse, la nouvelle technique répond à l’objectif de vitesse. Mais la poussée des jambes en brasse devient incompatible avec l'inclinaison du corps et se transforme en ciseaux de jambes (dans un plan sagittal). C’est la technique de « l’english side stroke », inventée (ou importée) en 1840 environ.  

Jusqu’alors, comme en brasse, le retour des bras est réalisé sous l’eau. Cependant, on se rend compte que le retour sous-marin des bras produit une grande résistance à l'avancement. Dès lors, les bras auront une action alternée (semblable à la nage indienne) mais avec un retour du bras supérieur hors de l'eau. C’est « L’over arm stroke » (inventée par Wallis en 1850 environ).

Vers 1880, Trudgen, après avoir observé les amérindiens, repositionne le nageur en nage ventrale pour permette un retour alternatif des deux bras hors de l'eau. Le « trudgeon » est alors adopté, car bien plus rapide que « l’over arm stroke » sur les courses de vitesse. Puis la greffe des ciseaux de jambes de brasse sur sa technique donne naissance en Australie au « double over arm stroke ». En effet, cette technique permet plus facilement d’obtenir un ciseau de brasse, comme celui connu actuellement. Au final, cette évolution aboutit à ce qui s’apparente à du « crawl – jambes de brasse ».

En 1893, les frères Wickham prennent modèle sur les habitants de l’île Salomon du Pacifique. Ils transforment l’action des jambes en battement. Ce sont les frères Cavill qui rendront cette technique populaire. En 1902, Richard Cavill bat le record du monde du 100 yards en nageant l'épreuve de bout en bout en crawl. La technique du crawl est alors à la fois la plus rapide des nages et celle qui offre le meilleur rendement. Et puis, en 1906, un certain Tartakover impressionne en France. En compétition, il fait la démonstration de cette nouvelle technique à Joinville-le-Pont, près de Paris. « Tartakover » sera d’abord le nom accordé à cette technique, et plus tard elle deviendra le « crawl » reconnu actuellement. Il faut noter cependant que la tête n'est toujours pas immergée. 

A partir de 1900, il existe 3 épreuves en compétition. La brasse, le dos et la nage libre. En effet, le crawl n’a jamais été codifié. C’est ce qui explique que sa technique est en perpétuelle mutation. D’ailleurs, aux Jeux olympiques de Stockholm en 1912, le champion Duke Kahanamoku, par ailleurs champion de surf à Hawaï, adopte une position aquaplanée en crawl grâce à un battement qui part de la hanche, et non plus seulement des genoux.

En 1922 sous la barre mythique de la minute au 100 mètres nage libre, son compatriote Johnny Weissmuller –  le futur Tarzan – confirme la suprématie du crawl. Il sera détenteur de 28 records du monde.

Ensuite, Gertrude Ederle devient la première femme à traverser la Manche en 1926. Non seulement elle établit le record de la traversée, mais aussi, elle utilise le crawl pendant toute la durée de l’épreuve. Si le crawl est à la fois la nage la plus rapide et la plus économique, c’est parce qu’elle résout les problèmes respiratoires qui permettent de nager à plat sur des longues distances. Dans son livre Swimming the American Crawl, Johnny Weissmuller [1] donne sa conception sur ce point : "The instinctive thing for a beginner to do is to hold his breath. As soon as he learns to overcome this, half his fight is won, and he is ready for the finer points of swimming… After improving my breath control …, where a mile a day had exhausted me completely, I began to do a mile and a half a day with greater ease".

En France aussi, les nageurs savent nager en crawl en endurance, puisqu’en 1931, la française détient le record du monde du 400m nage libre, et Alex Jany le détiendra (ainsi que celui du 100m nage libre) en 1946 et 1947. En 1952, c’est le tour de Jean Boiteux d’être sacré champion Olympique du 400m nage libre à Helsinki. Il a d’ailleurs été le premier champion Olympique de la natation française. Le 400m nage libre est décidément une course pour les français, puisque la nageuse Mosconi détiendra le record du monde en 1967.

Plus tard, dans les années 1960, les coordinations se différencient entre le sprint (battements 6 temps) et le demi-fond (battements 2 ou 4 temps). En 1956, à l’image de Fraser qui deviendra la première femme sous la minute au 100m crawl quelques années plus tard (en 1962), les Australiens dominent les épreuves de crawl aux JO de Melbourne. Leur battement 2 temps, libère toute l’énergie sur les bras, le véritable moteur en natation. Malgré tout, la première à avoir nagé en battement 2 temps en crawl est elle aussi Australienne et se nomme Healey. C’était en 1902.

En 1963, c’est la fin de l’obligation de toucher le mur avec la main qui provoque la chute des records. Grâce à sa culbute, l’américaine Schollender sera la première femme sous la barrière des 2 minutes au 200m nage libre. Et la française Gottvalles détiendra le record du monde du 100m l’année suivante.

En sprint, en 1976 à Montéral, Mongoméry devient le premier homme sous la barre des 50 secondes en crawl. Alors qu’en endurance, Salnikov, le nageur de l’ex-URSS, deviendra, lui, le premier homme sous la barrière mythique de 15minutes au 1500m nage libre, 4 ans plus tard, à Moscou.

Les techniques et coordinations du crawl se multiplient. Ian Thorpe sera le précurseur d’une coordination en semi-rattrapé avec un battement 6 temps sur les distances de demi-fond (200-400m). Sur les mêmes épreuves, Laure Manaudou nage en superposition avec un battement 2 temps. Alors que Michael Phelps plus tard, lui utilise une coordination appelée « crawl boiteux », avec un battement 4 temps, sur le 200m nage libre. Tout devient possible.

Parallèlement, le corps ne doit plus rester à plat mais osciller autour de l’axe horizontal pour permettre l’augmentation de la longueur des trajets et par conséquence l’amplitude de nage ou la distance parcourue par cycle de nage (autour de 3 mètres à pleine vitesse pour les meilleurs nageurs). Et d’un autre côté, certains nageurs préfèrent laisser leur corps à plat sur l’eau. Alexander Popov par exemple nage haut sur l’eau, à plat aux JO de Barcelone (1992), d’Atlanta (1996) et de Sydney (2000).

Récemment, depuis les années 2000, le traditionnel « S » du trajet du bras sous-marin, est parfois abandonné en crawl. On lui préfère un appui rectiligne, plus efficace et surtout plus rapide.

Le dos.

L'origine du Dos est probablement lointaine. Au départ, l’atout principal de cette nage était sa capacité à maintenir le visage émergé. Vraisemblablement le déplacement dorsal devait s'effectuer en position assise grâce à de petits mouvements aquatiques des bras le long du corps et à un pédalage des jambes.

En 1907, la première épreuve de Dos apparaît aux championnats de France ; la technique utilisée est alors celle du « Dos brassé ». La position est assise, avec action simultanée des bras et des jambes de Brasse. A l’entraînement aujourd’hui encore, cette technique est utilisée en récupération, appelée « dos à 2 bras, jambes de brasse », mais on y intègre la respiration car désormais les bras sortent davantage de l’eau au moment du retour.

Aux jeux olympiques de Stockholm (en 1912), Hebner, un nageur américain, utilise une technique dorsale fortement inspirée du « Trudgen » ; le « Dos trudgen ». Positionné à plat, le nageur pédale et appuis bras tendus. Le retour des bras est aérien, alterné et fléchi. Cependant, sans doute pour le problème de la respiration, les bras ne reviennent pas dans l’axe du corps comme aujourd’hui, mais entrent dans l’eau sur les côtés (à 10h pour le bras droit et à 2h pour le bras gauche).

Le battement de jambes arrive au cours des années 20 notamment sous l'influence des nageurs japonais : c’est le « Dos crawlé » connu actuellement. Amster nage en position dorsale, avec une action alternée des bras, un retour aérien axé, et un battement de jambes. Et oui, en dos comme en crawl, les Japonais mettent le paquet sur les jambes. C’est ce qui leur vaut leurs si bons résultats aux JO de Los Angeles, en 1932.

Les évolutions suivantes concerneront les oscillations (les épaules roulent sur l’eau pour rechercher des appuis plus profond), et les virages. Avant 1920, les nageurs réalisent un retournement simple après avoir touché le mur à la main. Puis, dans les années 30, 3 techniques coexistent. Le virage japonais et le virage hollandais consistent en une translation horizontale plus ou moins en surface, en restant sur le dos à partir d’un appui de la main sur le mur, alors que le virage Kiefer, du nom de son inventeuse, est une technique de culbute. Elle réalise une sorte de culbute tout en conservant les épaules orientées vers le haut, pour rester sur le dos : le « cross over turn ». A croire que c’est une bonne technique puisque la nageuse américaine conservera son titre de championne du monde durant 17 années !! Et c’est une française qui la détrônera : Bozon, en détenant le record du monde du 100m dos. Les diverses techniques posent des problèmes de jugement, c’est pourquoi, en 1991, on laisse la possibilité de toucher le mur avec n’importe quelle partie du corps. Et, en 1994, on autorise le passage sur le ventre avant le déclenchement de la rotation. La culbute actuelle est alors inventée : « le roll over turn ». Cette technique fait alors gagner 0,5 secondes par rapport au virage à la main et 0,18 secondes par rapport au virage culbute sur le dos (« cross over turn ») [2].

A Séoul, en 1988, Berkoff, le nageur américain et Suzuki, le japonais, réalisent d’excellentes performances sur leurs épreuves de dos grâce aux ondulations sous-marine qu’ils placent au début de la course et après les virages. Les épreuves de dos se résumant dès lors à des longueurs sous l’eau en ondulation, la FINA fait le choix, l’année suivante, de limiter la longueur des coulées à 15m en dos.

Le papillon, la dernière-née des quatre nages.

Le Papillon est la dernière des 4 nages à avoir été reconnue par la FINA. Il est apparu grâce au manque de précision du règlement de la Brasse. Certains nageurs s’inspirent du « trudgeon » pour inventer l’ancêtre du papillon : alors que la grande nouveauté du « trudgeon » est de faire passer les bras alternés au-dessus de l’eau, les nageurs essaient de les faire passer de façon simultanée. Le mouvement est bien plus en adéquation avec le ciseau de jambes de brasse. Ainsi, en 1926, lors d'une course de brasse, l'Allemand Erich Rademacher termine l’épreuve en ramenant ses bras au-dessus de l'eau pour toucher le mur plus rapidement que ses adversaires. En prenant idée, c’est Myers qui systématise le retour aérien des bras comme la technique de « Brasse-Papillon ». Elle est de plus en plus utilisée dans les années 30 en compétition car elle est bien plus rapide que sa petite sœur, la brasse. Malgré tout, la « brasse-papillon » est aussi plus éprouvante que la brasse. C'est pourquoi on assiste pendant environ 25 ans (1920-1945) à des courses de Brasse mélangeant différentes techniques (Brasse sous-marine, Brasse, et Brasse-Papillon). Après de tumultueuses protestations et interprétations du règlement, 2 modifications du règlement mettent fin au débat :

  • En 1946, on imposa tout d'abord au nageur l'obligation de conserver le même style de nage pendant toute la course. La « brasse-papillon » trop fatigante sur les courses longues étaient alors parfois abandonnée. Mais pas toujours, car les nageurs arrivaient de mieux en mieux entraîné. Ainsi en 1952, aux jeux olympiques d'Helsinki, les 8 finalistes du 100 mètres Brasse nageaient en « Brasse Papillon ». L’existence même de la brasse était menacé.
  • En 1953, on sépare nettement la Brasse et le Papillon. En brasse, le retour de bras se fait obligatoirement sous la surface de l’eau, les mains ne peuvent dépasser la ligne des hanches. C’est donc seulement après 1953 que les compétitions de natation sont constituées de quatre type d’épreuves : le papillon, le dos, la brasse et la nage libre.

Aux JO de Rome, en 1960, Counsilman, de l’université Indiana aux USA, nagera en papillon avec 2 ondulations par mouvement de bras. Il introduit en natation la réflexion sur les notions d’hydrodynamisme, de roulis, de continuité des actions propulsives…

En papillon aussi les coulées se prolongent, comme en dos à la fin des années 1980. Le russe, Pankratov, en est le roi avec ses 40m de coulée au départ des épreuves de papillon aux JO d’Atlanta en 1996. Et à nouveau, l’année suivante, la FINA règlemente : les coulées sont autorisées jusqu’à 15m en papillon. 

Ça n’est qu’en 2002 que le ciseau de brasse sera interdit en papillon.

Bibliographie.

[1] Johnny Weissmuller, Swimming the American Crawl, 1930.

[2] Pink, Jobe, Perry, The normal shoulder during freestyle swimming : An EMG and cinematographic analysis of 12 muscles. Journal of sports Sciences, 9, 102. 1991

[3] Pelayo, De l’art de nager à la science de la natation : evolution des conceptions biomécaniques, techniques et pédagogiques. Actes des troisièmes journées spécialisées de natation, Lille, 19 et 20 juin 2003.