Les bébés nageurs

Il s’agit de la familiarisation au milieu aquatique des enfants de 4 mois à 6 ans. La pratique des bébés nageurs poursuit un objectif affectif via la relation parents/enfant/eau, éducatif, par le développement psychomoteur et social du jeune enfant et préventif. On sait que la pratique encadrée des bébés nageurs diminue les risques de noyade. En effet, la pratique se fait dans des conditions de sécurité et d’hygiène réglementées.
Histoire des bébés nageurs

La méthode Depelseneer vient de Belgique. Il s’agissait d’un apprentissage de la survie dans le milieu aquatique. On apprenait au bébé à surnager s'il tombait dans l'eau tout habillé, en position dorsale. Depelseneer séparait les parents de leurs enfants, qui sont pris en charge en cours individuel par une personne qualifiée. L’immersion était recherchée précocement, c’était la première étape d'apprentissage. Venait ensuite l’objectif de souffler dans l’eau, de faire la planche puis de nager sur le dos. Le « test de survie » qui était réalisé est le suivant : on jette le bébé, tout habillé, dans l'eau. Il doit remonter seul à la surface et se mettre sur le dos pour attendre du secours (3min). Cette méthode a été créée en 1954 en Belgique, mais a entraînée des dérives. En Suisse, en 1990, un jeune nageait pieds et poings liés à 5 ans ; en Russie, le bébé Tcharkovski a été mis au monde dans la mer, tétée en immersion, et subit des baignades dans l’eau glacée… [1]

La méthode Vallet, du nom du professeur de l’ENSEPS, vise un pré-apprentissage de la natation [2]. Nous sommes en 1974, et les bébés nageurs suivent un apprentissage pré-sportif. Là aussi, le conditionnement à l’immersion arrive dans un premier temps : immerger l’enfant jusqu’à ce que l’eau arrive au-dessus des lèvres. Il fermera la bouche au contact de l’eau quelques secondes après quoi il faut le réconforter. Dans un second temps :  élever le bébé à bout de bras au-dessus de l’eau puis l’immerger entièrement. Là, la séparation de la mère et de son enfant est progressive. Le test de savoir nager est basé sur la diminution progressive du soutien manuel de l’adulte

La méthode Azémar, créer les relations entre parents et enfants [3]. Elle date de la fin des années 1980. Azémar est médecin. Il recherche le développement psychomoteur du jeune enfant par des situations « encourageant le comportement exploratoire de l’enfant ». La relation enfant/parent est essentielle (corps à corps ; contact œil-œil, main-main…) pour s’adapter à l’eau et s’ouvrir à son environnement, aux autres). En dehors de l’eau, l’éducateur conseille, informe, facilite, aménage… Changement très important avec les méthodes précédentes, l’immersion doit venir d’un désir de l’enfant. Les 3 étapes sont alors l’acquisition de la position verticale ; la capacité à s’orienter ; la capacité à se déplacer. Enfin, il n’y a pas de tests de mis en place. Uniquement des jeux

Enfin, des psychiatres et psychologues utilisent les bébés nageurs pour soigner. L’eau est un « médiateur thérapeutique » pour les enfants à problème. On Utilise l’eau non pas pour nager mais pour communiquer, apaiser, donner confiance, prendre un début d’initiative. Il y a 3 fonctions de l’eau : la protection comme une seconde peau, la délimitation du corps propre (intérieur/extérieur) et la découverte du monde (eau, objets, autres…). La séparation enfant/parent doit être retardée et progressive et l’immersion n’est pas abordée ou seulement en fin de « traitement ». De même il n’y a pas de test mais des « victoires sur soi-même »

Règlementation des bébés nageurs

Une circulaire de 1975 assure la règlementation des associations de bébés nageurs. La circulaire PERILLAT a été rédigée en collaboration avec AZEMAR et VALLET

Hygiène : Elle contraint les piscine accueillants les bébés nageurs à augmenter la température de l’eau à 32° en hiver. La qualité de l’eau doit être contrôlé par un double recyclage avant la séance. D’autre part, le port du slip est obligatoire. Du côté santé, l’absence de maladie infectieuses et d’affections de la peau est impérative. Alors qu’il est conseillé aux parents d’être prudent en cas d’otite. Le certificat médical est obligatoire

Surveillance : La surveillance du bassin est obligatoire, et certaines réactions d’alarme sont à prendre en compte : pâleur, rougeur, tremblements… pour les enfants de moins de 6 mois, une équipe spécialisées est nécessaire

Encadrement : la présence des parents dans l’eau est obligatoire (de plus, ils doivent avoir pied) ; le chef d’établissement doit s’assurer de la constitution d’une équipe pluridisciplinaire. Composée de spécialistes de la natation (MNS), de spécialistes PMI (Protection Maternelle Infantile, comme des pédiatres, puéricultrices…) et des spécialistes pédagogiques (tels que des instituteurs, éducateurs, enseignant EPS)

Le Pour et le Contre

POUR : On ne recherche pas l’apprentissage technique, mais plutôt à solliciter l’adaptabilité de l’enfant selon les étapes de son développement psychomoteur. L’aisance aquatique, puis l’autonomie et le développement psychomoteur. Le développement du lien parent/enfant est aussi un point fort

 CONTRE : les otites possibles, le froid sont des problèmes qui peuvent survenir. Pour les éviter, il faut sécher, recouvrir l’enfant. Les lèvres violettes, une peau marbrée ou un visage pâle sont des signes d’alerte

Les bronchiolites sont également possibles. Il faut éviter d’amener les bébés en crèche aux bébés nageurs. Envisageons aussi des problèmes dermatologiques (verrues, mycoses, eczéma…), les problèmes dus au chlore/asthme (multiplié par 8 chez les enfants de moins de 2 ans) et les allergies

Bien sûr, les « cacas » et « vomis » sont des problèmes inévitables chez les jeunes enfants. Le slip est obligatoire. De plus il faut boire de l’eau avant la séance. En cas de problème, l’eau devra être traitée à nouveau avant de pouvoir profiter du bassin

Organisation des cours selon l'âge

Les cours sont organisés par la F.A.A.E.L: Fédération des Activités Aquatiques d’Eveil et de Loisir. Leur contenu est fait de jeux et de découvertes. Il y a 3 acquisitions clefs :

- La position verticale à partir de 5/6 mois grâce au réflexe labyrinthique de posture (les brassards, les bouées peuvent être utilisés…)

- La capacité d’orientation : se tourner pour faire face

- Le déplacement : grâce à un pédalage des jambes (autonomie à partir de 2 ans minimum)

 

De 4 à 18 mois

Avant d’arriver aux bébés nageurs, l’enfant « pratique » dans sa baignoire. Le mouiller, l’éclabousser, jouer avec des objets qui captent le regard, sont autant d’exemples qui préparent le jeune aux bébés nageurs

Dans la piscine, entrer dans l’eau avec l’enfant dans les bras, puis l’allonger sur un tapis ou l’assoir… Utiliser des brassards pour le rendre à l’aise. Se déplacer avec lui (en le tenant de différentes manières, à différentes vitesses, vers les objets, vers les autres…). Le déplacer avec un soutien matériel (tapis, frites, bouées…). Lui permettre un déplacement autonome (marcher dans l’eau, pédaler, petit chien…)

Les bascules, déséquilibres (saut, toboggan…) sont encouragés en tenant l’enfant ou sans le tenir. A condition de respecter une progressivité de l’adaptation. Le rattraper avant l’immersion de la tête d’abord puis après l’immersion de la tête ensuite. Il faudra faire attention aux chutes (toboggan, glissade sur le carrelage…)

Les parents ne doivent pas forcer. Ils doivent aussi masquer leurs peurs (ex: immersion), sourire, avoir une attitude positive, être attentif (froid, tasse…)

 

De 18 mois à 3 ans

Dans la piscine, entrer dans l’eau seul en marchant, en sautant, en toboggan. Tout cela devient possible. Le maintien sur place : l’enfant fait l’étoile (sur le ventre et sur le dos). L’enfant peut se déplacer en autonomie sur de petites distances (sous surveillance) avec brassards ou avec une ceinture. Eventuellement, sans ceinture sur des distances très courtes : chute puis retour au bord

L’immersion pour récupérer des objets au fond de l’eau, là où le jeune a pied peut devenir un jeu. Mais attention, l’enfant n’a pas de conscience du danger

De 3 à 6 ans

Entrer dans l’eau en plongeant, travailler le maintien sur place en position verticale, faire des traversées autonomes sous surveillance avec ou sans ceinture. On peut organiser des jeux collectifs, parcours variés (enchainement d’action)

Là oui, il y a une réelle prise de conscience du danger, surtout en fin de période

Le matériel
  • Tapis à trous: idéal pour le bébé allongé ; permet une immersion partielle ; varier les positions sur le tapis (dorsal, ventral; au centre, au bord) ; utilisation d’objet, changement de position. Ces tapis sont à proscrire dès que l’enfant peut se tenir assis ou ramper
  • Ponceau (très long tapis): quadrupédie, marche, course, chutes… Espacer les passages, avec les parents en parade, pour maintenir le tapis éloigner du bord
  • Toboggan double : quand l’enfant rampe ou à 4 pattes on peut faire une glissade sur le ventre par les pieds ou assis ; simple: à partir de 3 ans. Il faut sécuriser la montée, la glisse, et l’arrivée (accueillir le bébé)
  • Flèche (barre + cylindre en mousse)
  • Frites: en mettre 1 sous chaque aisselle pour faciliter le pédalage. Mais cela entraîne une fatigue rapide et des irritations sous les bras
  • Bouée (siège) également pour le pédalage. Attention à adapter la taille, et attention aux déséquilibres
  • Brassards : après la flèche et la bouée pour permettre de pédaler, ou de ramer. Attention aux tailles. Il faut un certain tonus (1an). Les brassards entraînent une immersion brève
  • Ceinture : après les brassards pour nager en petit chien. On peut adapter le nombre de flotteur. Là aussi l’immersion des voies respiratoires est à prendre en compte. Il faut réussir une inspiration brève
  • Cage : pour les immersions (3 ans minimum). Attention aux oreilles car on peut aller en profondeur. Il y a plus de pression
  • Cordes, lignes d’eau: pour traverser le bassin en se tractant (3 ans minimum)
Bibliographie

[1] Sidenbladh, les bébés de l’eau (méthode Tcharkovski), Paris, R Laffont, 1983

[2] Vallet, Les bébés-nageurs, Paris, Olivier Orban, 1974

[3] Azémar, L’approche de l’eau et les interactions parents-enfant, Lieux de l’Enfance, 13, 83-99, 1988